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Parce qu’il serait réducteur de proposer une biographie définitive de Sessùn comme de dessiner un portrait figé de sa créatrice, on a plutôt envie, presque quinze ans après les débuts, de rendre compte d’un esprit. D’évoquer cette personnalité qui guide un style, invente un univers et y invite, au-delà des tendances annoncées et des figures imposées. Sessùn avance au gré d’une inspiration baladeuse, nous prend par la main et nous rappelle qu’on aime la mode quand elle nous raconte, aussi, des tas d’autres choses.
Emma François Grasset n’est pas du genre à travailler toute seule dans son coin, elle a très tôt tendu des passerelles avec le milieu des arts urbains, d’où des collaborations fidèles et cohérentes pour sa marque, avec notamment Vanska, illustratrice, créatrice de la ligne de bijoux; avec Sundae, graphiste et sound designer, et plus récemment avec Astrid Sleire, céramiste et Carolina Melis , artiste plastique. Et quand on lui demande quels sont les autres artistes, dans l’absolu, qu’elle aimerait inviter pour imaginer une pièce ou une série limitée, Emma parle photographie, William Egleston, Stephen Shore, Eugene Richards... Enfin, au-delà de ces signatures internationales dont la touche poétique ne peut que coller à l’image de Sessùn, le cœur d’Emma bat aussi vite pour de jeunes talents, à l’instar des aquarelles enchantées, oniriques, presque symbolistes, de l’irlandaise Donna Huddleston, son dernier coup de cœur.
Tant d’autres éléments, anodins et essentiels, dictent l’inspiration d’Emma François Grasset : une gamme de couleurs, une histoire, un film, une pochette de disque. C’est à partir de là, de presque rien, que se construit une collection Sessùn. C’est l’attitude de songwriters égéries comme les filles de Bat For Lashes, Coco Rosie, The Do : leur manière d’inventer, de mixer vêtements ethniques, « second hand », avec des pièces actuelles. Cette capacité d’attention polymorphe et sélective est certainement l’une des clefs de l’identité Sessùn : une marque ancrée dans son époque mais suffisamment subtile pour tendre vers l’intemporalité. Ce talent pour les conjugaisons -d’influences, de goûts, de disciplines- Emma le met à l’œuvre pour chaque collection Sessùn, mais aussi pour la visibilité de sa marque : ce début d’année 2011 marque l’ouverture d’une nouvelle boutique en Avignon, et d’un corner aux Galleries Lafayette Haussmann, un espace décliné sur le modèle des boutiques Sessùn, épuré, dans une harmonie de blanc, bois naturel et rotin.
En tous cas, l’envie de se faire plaisir est toujours intacte et transparaît dans ces propositions de séries limitées, de petites raretés : « pour ne pas se figer dans une logique qui deviendrait autre dès qu’elle touche à la diffusion en quantité ». De la gourmandise raffinée.
(Photos : Stefania Paparelli)
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